Dossier spécial

La viande : faut-il continuer à en manger ?

Mis à jour le 26/06/2017 par Sophie NIKLASZEWSKI

Accusée de bien des maux, la viande suscite de plus en plus de méfiance, quand elle ne déchaîne pas les passions avec une agressivité notable et croissante. Les pro et les anti-viande s’affrontent ouvertement, mais devons-nous vraiment choisir un camp ? Le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, nous éclaire sur la question pour redonner à la viande sa juste place.

Viande

La viande pointée du doigt, et pourtant…

La viande fait partie de ces aliments qui ne sont plus forcément les bienvenus dans l’assiette. Pourtant, comme le rappelle le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, elle fait partie d’une culture, d’une gastronomie, d’un héritage… Alors pourquoi devrions-nous la supprimer ? En réalité, il n’y a pas de bénéfice à supprimer la viande de son alimentation quand on la mange normalement, avec plaisir et bon sens.

« Ce qu’il faut surtout, conseille le Dr Jean-Michel Lecerf, c’est s’opposer aux excès. L’idéal est une consommation de viande modérée dans le cadre d’une agriculture raisonnée, non nuisible à l’environnement, avec la possibilité de se tourner vers des produits locaux. L’homme a la responsabilité de la planète, des animaux, et doit rester attentif pour veiller à bien les soigner. On peut tout à fait manger de la viande et respecter l’animal : 99,5 % des éleveurs aiment et soignent leurs animaux. Le fait de les tuer fait partie d’un cycle de vie naturel. Aurait-on perdu le sens des cycles ? Que se passerait-il si on laissait les animaux mourir tranquillement ? On tomberait sûrement dans une impasse… »

Par ailleurs, l’individualisme grandissant, l’éloignement de la notion de culture alimentaire et la perte de transmission en amènent certains à moraliser l’alimentation en adoptant un positionnement radical. Piège dans lequel il ne faudrait pas tomber car il n’y a pas de bons ni de mauvais aliments.

La place des symboles dans l’alimentation joue aussi un rôle important dans les choix alimentaires : le végétal, symbole de vie et de pureté, alors que l’animal apparaît comme un symbole de mort et d’impureté.

Se tourner vers le végétarisme ?

Néanmoins, ne pas manger de viande reste compatible avec une alimentation équilibrée. « La viande n’est pas indispensable car aucun aliment n’est indispensable, seuls les nutriments le sont », souligne le Dr Jean-Michel Lecerf. Mais si l’on peut se passer de viande, dire qu’il est tout aussi bien d’être végétarien n’est pas si simple. Le régime végétarien est un bon mode alimentaire, mais ce n’est pas le meilleur. Le mieux serait un régime pesco-végétarien (régime végétarien incluant la consommation de poisson) ou méditerranéen, car dans ces cas l’apport en oméga-3 à longue chaîne est présent, surtout si l’on mange du poisson gras.

A noter aussi : environ 50 % des végétariens sont carencés en vitamine B12 (essentiellement apportée par la viande), une carence observée même chez les sujets avertis. Le problème, à terme, c’est que cette insuffisance en vitamine B12 favorise le développement de pathologies cardiovasculaires.

N’oublions pas que l’alimentation est une culture, avec tout ce que cela peut représenter. Elle s’inscrit dans une histoire, une tradition, une religion, un patrimoine, une symbolique… et la viande n’échappe pas à cette culture.

A lire de toute urgence !

La viande, Lecerf

Pacificateur, rassembleur, anti moralisateur, quasi militant pour le vivre ensemble et le manger ensemble, voilà un petit livre sur la viande qui fait du bien ! Toujours précis et nuancés, les propos du Dr Jean-Michel Lecerf s’appuient sur de nombreuses études scientifiques internationales. On se nourrit de ses conseils éclairés, de sa vision, de son expertise et du concentré d’informations clés. On en ressort confiant et apaisé.
La viande, un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ?, Dr Jean-Michel Lecerf, Ed. Buchet/Chastel

Sources :

  • Entretien avec le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, le 03/11/2016
  • La viande, un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ?, Dr Jean-Michel Lecerf, Ed. Buchet/Chastel
  • « Animal, végétal : quelles symboliques ? », Jean-Louis Lambert, économiste et sociologue, 19e Entretiens de nutrition de l’Institut Pasteur, 16/06/17
  • Avec ou sans viande ?, Michel Kempf, Centre de recherche en nutrition humaine Ouest Nantes, 19e Entretiens de nutrition de l’Institut Pasteur, 16/06/17
  • La consommation de viande en France, Christelle Duchène, Jean-Louis Lambert, Gabriel Tavoularis, Cahiers Nutrition, CIV
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Bérangère Barataud

Par Bérangère Barataud

Férue de presse scientifique et d'infos santé, mais surtout maman poule !

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  1. Sylvain

    Pourquoi faire un appel à la culture et à la tradition quand on parle de santé et d’alimentation ? Le manque d’arguments ?

    Autre point, Il n’y a pas que les végétarien qui peuvent être carencés en B12. Si on prend des compléments en B12 aucun problème.

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