Dossier spécial

Que penser de la viande bio ?

Mis à jour le 26/06/2017 par Bérangère Barataud

Le marché de la viande bio est en constante évolution : les Français s'y intéressent davantage, les ventes progressent... La viande bio s'inscrit dans la tendance du "manger moins, mais manger mieux"...

Viande bio

Une image positive de la viande bio

La viande bio véhicule une image positive auprès des consommateurs : bon nombre évoque des élevages respectueux du bien-être animal, un bénéfice pour la santé et l’environnement, une meilleure rémunération des producteurs…
D’ailleurs, les ventes de viande bio poursuivent leur progression. Selon l’enquête Ifop « Les Français et la consommation de viande bio », réalisée en avril 2017, près de 71 % des Français consomment de la viande bio, parmi lesquels 2 % ne mangent que de la viande bio, 21 % en achètent dès qu’ils en trouvent et 48 % en consomment, mais plus rarement.
Cette progression des ventes s’observe malgré le coût plus élevé de la viande bio, en moyenne 20 % plus chère que la viande conventionnelle. Il faut dire que l’élevage bio ne peut pas être intensif et coûte plus cher aux éleveurs. Outre la nécessité d’avoir des bâtiments plus grands, il y a aussi moins d’animaux par ferme à surface équivalente, et donc moins de viande produite qu’en élevage conventionnel, alors que les charges incompressibles restent les mêmes.

L’élevage bio à la loupe

La règlementation de l’élevage bio impose un certain nombre de mesures garantissant le confort et le bien-être des animaux :

  • des espaces de couchage et d’exercice suffisants, définis en fonction du poids des animaux, pour qu’ils aient la possibilité de se mouvoir normalement dans les étables ;
  • un éclairage naturel ;
  • un accès au plein air et l’obligation de sortir les animaux lorsque les conditions le permettent pour qu’ils puissent aller pâturer et se dépenser ;
  • une durée d’élevage plus longue. Les aliments donnés aux animaux sont moins concentrés qu’en élevage conventionnel, les bêtes sont donc moins « poussées », selon les termes des professionnels du secteur, et la vitesse de croissance est plus faible. Trois mois de plus sont par exemple nécessaires pour « finir » un bovin ;
  • une stimulation des défenses immunitaires par phytothérapie, homéopathie, impliquant une surveillance plus importante des bêtes pour agir le plus en amont possible. Seule une relation privilégiée homme-animal permet cette vigilance. Si l’animal est malade, l’éleveur peut lui donner des antibiotiques, mais uniquement sur ordonnance d’un vétérinaire et à hauteur de deux ou trois traitements par an ;
  • l’interdiction des produits chimiques de synthèse.

Viande bio, de vrais bénéfices santé ?

Aucune étude scientifique ne prouve à ce jour que manger de la viande bio est meilleur pour la santé de l’homme.

Par contre, les bénéfices environnementaux sont incontestables. L’élevage bio garantit la préservation et le respect de l’environnement par le biais de l’autonomie alimentaire (ce sont les cultures qui nourrissent les animaux – pas d’OGM) et le recyclage des matières organiques (les déjections des animaux nourrissent les plantes – pas d’engrais chimiques de synthèse ni de pesticides). L’animal fait partie intégrante d’un système global qui travaille avec la nature.

Sur le plan nutritionnel

On trouve un peu plus d’oméga-3 dans la viande bio. Cette différence s’explique d’abord et surtout par le mode d’alimentation des animaux et le recours au pâturage (fourrages, herbe, lin). C’est pourquoi, aussi, les bêtes élevées selon la démarche Bleu-Blanc-Cœur fournissent également une viande plus riche en oméga-3.

Par ailleurs, on note une quantité moins importante de sélénium et d’iode dans la viande bio. Les carcasses des animaux sont aussi plus maigres, en général, à âge ou poids identique.

Une récente étude, publiée en avril 2017, met en évidence la présence de micropolluants dans la viande bio, avec notamment plus de dioxines, perturbateurs endocriniens et métaux lourds. La durée de vie plus longue des animaux issus d’un élevage biologique par rapport à un élevage conventionnel, et donc une exposition plus importante aux contaminants environnementaux, expliquerait cette différence. Cette même étude montre aussi l’absence de détection de résidus d’antibiotiques et de pesticides, que ce soit dans la viande bio ou non bio. Attention, ces résultats attendus sur les viandes ne sont pas extrapolables aux produits végétaux bio.

Bio, Label Rouge, IGP, AOC…

Chaque label répond à un cahier des charges bien précis. Outre la règlementation et les caractéristiques de la viande bio détaillées ci-dessus, le Label rouge est reconnu pour la qualité supérieure de ses produits, garantissant par exemple une viande plus goûteuse et plus tendre. Quant aux viandes labellisées IGP (Indication géographique protégée) ou AOC (Appellation d’origine contrôlée), c’est davantage la zone géographique et le terroir du produit qui priment.

Mais l’important est de bien garder en tête qu’ « élever un animal dans de bonnes conditions, avec une alimentation diversifiée, favorise sa bonne santé et contribue, de fait, à la qualité de la viande », comme l’explique Jean-François Deglorie, animateur technique pour la Commission bio d’Interbev. « La notion d’équilibre entre les cultures, les animaux, la gestion des maladies, la relation homme-animal est primordiale. C’est pourquoi, lorsqu’on achète un produit, il est important de se poser les bonnes questions pour savoir ce qu’il y a derrière ce produit (le mode de production, les producteurs, le travail fourni…). Sans pour autant opposer les différents labels entre eux. »

Sources :

  • Entretien avec Jean-François Deglorie, animateur technique pour la Commission bio d’Interbev, 23/05/2017
  • Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique
  • Composition differences between organic and conventional meat : a systematic literature review and meta-analysis, British Journal of Nutrition (2016), 115, 994-1011
  • Entretien avec le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, le 03/11/2016
  • La viande, un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ?, Dr Jean-Michel Lecerf, Ed. Buchet/Chastel
  • Enquête Ifop « Les Français et la consommation de viande bio », avril 2017
  • Observatoire des viandes bio 2015 : la viande bio continue sa progression, Interbev
  • Micropollutants and chemical residues in organic and conventional meat, Food Chemistry 232 (2017) 218-228
5 sur 8
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Bérangère Barataud

Par Bérangère Barataud

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