Ceinture sur les régimes !

Mis à jour le 11/04/2016 par Bérangère Barataud

Livres, magazines et sites Internet ne manquent pas de ressources pour proposer tout au long de l’année des solutions miracles aux rondeurs. Mais plusieurs études ont démontré la dangerosité des régimes amaigrissants pour la santé. Quelles sont les réelles conséquences de ces régimes sur le corps et la tête ? Quelques vérités qui coupent l’appétit…

ceinture_régime_59272387_web

Des régimes souvent inutiles

Il est vrai qu’une surcharge pondérale (surpoids ou obésité) entraîne des problèmes de santé et nécessite réellement d’être réduite à l’aide d’un régime alimentaire sous contrôle médical. Cependant, aujourd’hui, la minceur, voire la maigreur, sont érigés en canon de beauté et amènent de nombreuses personnes à suivre un régime alimentaire en l’absence de surpoids et sans avis ni suivi médical. En effet, selon l’enquête INCA2 (Consommation alimentaire des Français), 30 % des femmes ayant un IMC (Indice de masse corporelle) normal et 15 % des femmes minces (IMC < 22) ont suivi un régime amaigrissant dans les 12 derniers mois !

Un constat inquiétant

Un rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) met en lumière les risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. L’étude a analysé les 15 régimes* les plus populaires sur Internet et dans les librairies et les conclusions sont inquiétantes…
La majorité des régimes étudiés comportent des phases consistant à supprimer une ou plusieurs catégories d’aliments, voire tous les aliments ! Les conséquences immédiates sont doubles :

  • Déséquilibres nutritionnels. Les différents régimes apportent entre 574 et 2 600 Kcal par jour, alors que les recommandations sont de 1 800 Kcal par jour pour la femme et 2 200 Kcal pour l’homme, avec une activité physique usuelle moyenne.
  • Insuffisance ou excès d’apports. Les régimes étudiés proposent des apports insuffisants ou excédentaires en protéines, lipides, glucides et fibres par rapport aux Apports Nutritionnels Conseillés (ANC). Il en est de même pour les vitamines et minéraux. Ces pratiques alimentaires d’amaigrissement ont ainsi des conséquences néfastes plus ou moins graves sur la santé, tant sur le plan physique que psychologique.

Des conséquences sur le corps…

  • Les régimes amaigrissants présentent des risques pour le capital osseux, particulièrement ceux basés sur une réduction des apports lipidiques (graisses) ou ayant un apport journalier insuffisant de calcium (23 % des phases de régimes). En effet, chez les personnes non obèses, ainsi que chez les femmes proches de la ménopause, une perte de poids de plus de 10 % entraîne une réduction de 1 à 2 % de la densité minérale osseuse et augmente le risque de fractures. Cet effet est encore plus important si la perte de poids est supérieure à 14 % et s’opère en moins de trois mois.
  • Modification profonde du métabolisme énergétique. Lors de la perte de poids, des molécules appelées POPs (Polluants Organiques Persistants) sont libérés dans l’organisme. Elles ont des effets néfastes sur les systèmes endocrinien, reproducteur et immunitaire, et peuvent provoquer une reprise de poids et des cancers. De plus, ces perturbations sont assimilées par le cerveau à un déficit énergétique et provoquent donc une augmentation de la sensation de faim. Après un régime amaigrissant, l’apport énergétique permettant de conserver le poids atteint est inférieur à celui qui permettait de maintenir un poids stable auparavant. Il est donc difficile de s’y tenir et la reprise de poids est inévitable. De plus, la masse reprise sera préférentiellement graisseuse !
  • Les régimes alimentaires très hypocaloriques (très peu de calories par jour) ou ceux proposant de forts excès ou déficits en sucres et en graisses (hypoglucidique/hyperlipidique ou hyperglucidique/hypolipidique) présentent de réels risques cardiovasculaires : obstruction des artères, résistance à l’insuline, mort subite par troubles du rythme cardiaque. La variation de poids peut également être un facteur de risque cardiovasculaire et de pré-diabète.
  • Au niveau digestif, les régimes hypoglucidiques (pauvres en sucres) provoquent régulièrement troubles digestifs et constipation par manque de fibres.

…et la tête !

A court terme, un régime amaigrissant a toujours un effet positif sur le moral : on est fier de pouvoir agir sur son poids, on gagne en estime de soi et en confiance en soi, particulièrement quand les premiers efforts sont récompensés par la perte de poids.

Mais à moyen et long terme, la tendance s’inverse ! La reprise de poids est inévitable et les échecs à répétition des régimes provoquent finalement la dégradation de l’estime de soi, la perte de confiance en soi, voire une dépression.

La prévention à tout prix de l’obésité a également ses limites. Une étude a démontré que des restrictions alimentaires imposées à des fillettes de 5 ans par leurs parents peuvent les amener à suivre des régimes dès 9 ans, provoquant à leur tour des troubles du comportement alimentaire (anorexie mentale, boulimie).
Quand on est au régime, on ne sélectionne plus sa nourriture par rapport au plaisir qu’elle va procurer, mais par rapport à ses valeurs nutritives. On privilégie les informations cognitives à ses sensations physiologiques, ce comportement est appelé « restriction cognitive ». Il entraîne une sous-alimentation, ponctuée régulièrement d’un excès de nourriture lorsqu’on perd le contrôle. De plus, l’attention portée aux informations nutritionnelles ne laisse pas la possibilité d’écouter les signaux de faim et de satiété de son corps, la machine se dérègle. Finalement, cela revient à manger plus et moins bien que si l’on ne s’était pas posé de questions !
C’est ainsi que naît le cercle vicieux du poids : échec des régimes, culpabilité, mésestime de soi, aggravation du surpoids.
Le résultat final est paradoxal : 80 % des personnes qui suivent un régime amaigrissant finissent par reprendre du poids après un an.

La bonne solution

L’obésité devrait être la seule raison d’un régime alimentaire, c’est-à-dire un Indice de Masse Corporelle supérieure à 30. Dans tous les cas, il doit être prescrit et suivi par des professionnels de santé et adapté aux caractéristiques personnelles de chacun.
La recommandation est donc d’adopter une alimentation équilibrée et diversifiée, en veillant à ce que les apports journaliers ne dépassent pas les besoins, et à pratiquer une activité physique régulière, principal facteur de stabilisation du poids, dès le début du régime et à la maintenir.

* Liste des 15 régimes étudiés : le régime du Dr Atkins, le régime Californien du Dr Guttersen, le régime « citron détox », le régime de la chrononutrition du Dr Delabos, le régime du Dr Cohen, le régime du Dr Dukan, le régime du Dr Fricker, le régime Mayo, le régime Miami du Dr Agatston, le régime Montignac, le régime du Dr Ornish, le régime Scarsdale du Dr Tarnower, le régime de la « Soupe au chou », le régime Weight Watchers et le régime Zone de M. Sears.

Géraldine Colleu

Par Géraldine Colleu

Rédactrice santé
Passionnée d'art et de lettres, mais surtout incollable en prévention santé !

Tous les articles de Géraldine
Votre avis nous intéresse
Laisser un commentaire, que pensez-vous de cet article ?

Blue Captcha Image Refresh

*