Burn-out : quand le travail consume…

Mis à jour le 08/10/2014 par Marine Drouin

Le terme « burn-out », littéralement « brûlé jusqu’au bout », exprime l’épuisement de ses ressources internes en raison d’une demande excessive d’énergie. Le concept est défini aux Etats-Unis dans les années 70 pour qualifier un état d’épuisement professionnel intense. Selon une étude de janvier 2014, 3 millions de Français présenteraient aujourd’hui un risque élevé de burn-out. A quoi correspond exactement ce trouble ? Comment se manifeste-t-il ? Quels en sont les facteurs de risque ? Quels sont les métiers les plus concernés par le burn-out ? Comment agir pour le contrer ? Les réponses à vos questions…

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Qu’est-ce que le burn-out ?

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel (SEP), entre dans la catégorie des risques psychosociaux (RPS) comme le stress, le harcèlement (moral et sexuel) et les violences externes (exercées par des personnes extérieures à l’entreprise à l’encontre des salariés).
Le burn-out est un ensemble de réactions à une situation de stress professionnel qui dure dans le temps. Il se caractérise par trois dimensions :

  • Un épuisement émotionnel : une sensation de vide, une incapacité à ressentir ou exprimer une émotion.
  • Une dépersonnalisation ou déshumanisation de la relation à l’autre. Cette notion est le cœur même du burn-out. Elle se manifeste par une déshumanisation de la relation à l’autre : les usagers, clients ou patients deviennent des objets.
  • Une perte de l’accomplissement personnel : un sentiment de non-accomplissement, d’inefficacité, d’incapacité à aider les autres, le sentiment de ne plus faire du « bon travail ».

Avec le temps, le décalage entre ce que l’on attendait de son travail et la réalité se fait sentir et l’investissement initial est alors remis en cause.

Quelles différences avec le stress ?
Le burn-out se distingue du stress par trois aspects :

  • La notion de burn-out est plus large que celle du stress car elle intègre à la fois des aspects relationnels et d’auto-évaluation.
  • Le burn-out résulte d’un stress continu, soutenu et durable.
  • Le burn-out ne s’applique qu’au monde professionnel. Cependant, le burn-out n’apparaît pas au tableau des maladies professionnelles et n’est donc pas reconnu pas la sécurité sociale comme telle. « Il faut pour cela que la maladie présente une gravité justifiant une incapacité permanente égale ou supérieure à 25% et qu’un lien « direct et essentiel » avec l’activité professionnelle soit mis en évidence ».

Comment se manifeste le burn-out ?

On parle des « manifestations » du burn-out, plutôt que des symptômes ou des conséquences car ces deux derniers sont intrinsèquement liés dans ce cas. De plus, il n’existe pas de symptômes spécifiques. Il existe différents types de manifestations du burn-out :

  • Sur le plan émotionnel : sentiment de vide, d’impuissance, baisse de l’estime de soi, irritabilité, pessimisme, agressivité, anxiété, perte d’empathie (particulièrement avec les patients dans le cas des métiers de santé), insatisfaction au travail…
  • Sur le plan cognitif : difficulté de concentration, impossibilité de prendre des décisions, difficultés à faire des opérations simples, altération de la qualité du travail…
  • Sur le plan physique : très importante fatigue, maux de tête, douleurs dorsales, musculaires, problèmes dermatologiques, digestifs, troubles de l’alimentation, troubles du sommeil, augmentation du risque cardiovasculaire… Ces troubles ont la particularité de ne pas pouvoir être soulagés par le sommeil, le repos ou les congés.
  • Sur le plan comportemental : recours à l’alcool, l’automédication et/ou les psychotropes pour « tenir le coup », détérioration des relations avec les collègues, attitude « bureaucratique »…

Concernant la perte de l’accomplissement personnel, les conséquences peuvent être de deux types :

  • Une attitude de fuite caractérisée par un manque de rigueur, des absences, un abandon du travail, c’est-à-dire un désinvestissement au travail.
  • Le surinvestissement est la réaction inverse. Cela se manifeste par une impossibilité de quitter son lieu de travail, avec de très longues journées sur le lieu de travail mais sans pour autant être efficace.

A l’origine lié au monde professionnel, le burn-out a finalement un impact sur la vie privée : divorce, isolement social, répercutions sur l’éducation des enfants…

Évaluer scientifiquement le burn-out

Un outil de mesure pour évaluer le burn-out a été élaboré en 1981, spécifiquement pour les professions de l’aide, par Christina Maslach, chercheur en psychologie dont les travaux ont été à l’origine de la définition du syndrome. Cet outil, appelé MBI (Maslach Burnout Inventory) est reconnu sur le plan international et utilisé dans la quasi-totalité des recherches actuelles.
Des variantes destinées aux professionnels de l’enseignement et à l’ensemble des individus au travail sont des adaptations relativement faciles où le terme « patients », a été remplacé par « clients » ou « élèves ».
Un test inspiré du MBI destiné aux soignants est disponible en ligne :
http://www.souffrancedusoignant.fr/testez-vous.html

Quels sont les facteurs de risque du burn-out ?

Les facteurs de risque du burn-out sont, la plupart du temps, également des facteurs de stress. L’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) liste les facteurs suivants :

  • Une absence de soutien social : relations insuffisantes ou de mauvaise qualité avec les collègues, les supérieurs, les proches,
  • Une absence de reconnaissance du travail effectué,
  • Un manque de contrôle : faiblesse de la participation aux prises de décision, des marges de manœuvre, manque de retour d’information sur l’efficacité du travail,
  • Une perte de sens du travail,
  • Une surcharge de travail,
  • Un sentiment d’injustice, de manque de réciprocité,
  • Des demandes contradictoires,
  • Un manque de clarté dans les objectifs, les moyens…

Qui est concerné par le burn-out ?

A l’origine, ce syndrome a été identifié parmi le personnel soignant et aidant. Aujourd’hui, il est reconnu que toutes les professions sont concernées. Cependant, le burn-out entraîne encore plus de répercussion pour les professions de soignants ou d’aidants avec un engagement personnel intense : médecins, infirmières, aides à domicile, enseignants, avocats… car la relation à l’autre est la base de leur profession.

Selon une étude publiée en janvier 2014*, le burn-out concernerait de 5 à 10 % des travailleurs et plus précisément : 23,5 % des agriculteurs, 19,7 % des artisans, commerçants et chefs d’entreprise, 19 % des cadres, 13,2 % des ouvriers, 9,8 % des professions intermédiaires et 6,8 % des employés.
L’épuisement professionnel toucherait autant les femmes que les hommes, en revanche un pic de burn-out semble être observé dans les premières années d’insertion professionnelle. Cette vulnérabilité plus sensible chez les jeunes professionnels s’expliquerait par la confrontation à la différence entre les attentes, parfois idéalisées, et la réalité quotidienne, ainsi que par l’absence de stratégies adaptées pour faire face aux difficultés rencontrées.
Enfin, il a été observé que l’apparition d’un burn-out était souvent associée à une mauvaise hygiène de vie : manque d’activité physique, troubles alimentaires, conduites addictives…

Comment agir contre le burn-out ?

Si vous êtes concerné personnellement :

  • Ne restez pas seul face à ce problème. Parlez-en à vos proches et à votre entourage professionnel.
  • N’hésitez pas à consulter un médecin ou un médecin du travail si vous avez l’impression de vous sentir vidé, fatigué, irritable…
  • Parler également des difficultés que vous rencontrez au travail avec votre supérieur ou les représentants du personnel afin d’agir sur la source de votre stress.

Si vous soupçonnez une personne dans votre entourage de souffrir de burn-out :

  • N’attendez pas pour réagir en espérant que les choses vont s’arranger avec le temps. Dès la prise de conscience d’une situation de souffrance et/ou de signes d’épuisement, parlez-en avec la personne concernée et incitez-la à consulter un médecin.

En entreprise :

  • Il faut veiller à ne pas agir contre les règles et valeurs du métier qui sont à la base de l’engagement des salariés,
  • Favoriser le travail en équipe et le soutien social,
  • Mettre en place une démarche de prévention des risques psychosociaux (« Stress au travail. Les étapes d’une démarche de prévention », Inrs, 2007.)

* « Le burn-out pointé du doigt par le cabinet Technologia », 6/02/14, ANACT.

Géraldine Colleu

Par Géraldine Colleu

Rédactrice santé
Passionnée d'art et de lettres, mais surtout incollable en prévention santé !

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